GRAND MAITRE (2011)

A quelques jours de la retraite, l'inspecteur Sunderson, 65 ans, tombe sur le cas d'un grand manitou qui, sous pretexte d'être le gourou d'une secte, abuse des jeunes filles de ses adeptes qui n'osent porter plainte. Sunderson se met en devoir de faire tomber le "maître" de son piedestal.
On lui avait un jour reproché d'avoir cassé le bras d'un délinquant, mais la méth avait tellement fait maigrir ce jeune homme que, lorsque Sunderson lui avait saisit le bras pour l'empêcher de s'enfuir par une fenêtre du deuxième étage, il crut entendre une branche se briser. Que comptait donc faire ce jeune drogué, s'envoler ? (p.61)
Sous le prétexte d'une vrai-fausse enquête, Jim Harrison nous entraîne dans les pas de son héros au nom suédois. Sunderson est un monument, un totem qui pour moi représente tout à fait l'auteur. Sunderson est un "ancien" qui a des principes et qui adore la liberté. Divorcé, il aime encore sa femme mais n'hésite pas à fantasmer sur sa petite voisine de 16 ans qui n'a pas l'air de s'en plaindre, ou sur toute femme qui croise sa route.

C'est tendre et jamais lubrique, plutôt pathétique. Du Michigan à l'Arizona, et jusqu'à son (dernier) refuge au Nebraska, le héros traque le gourou pervers tout en savourant les moments de la vie, hanté par ses lectures, s'interrogeant sur ce qui motive le monde, l'argent, le pouvoir, le sexe ? Sunderson a sa petite idée sur la question. On le croit volontiers.
La sexualité ressemblait parfois à un sac à dos bourré de bouse de vache, qu'on devait trimballer toute la journée, surtout pour un sénior qui s'accrochait désespéremment à ses pulsions déclinantes (p.26)
Quel plaisir de lire un Harrison, moment de sérénité plus que de frénésie, je savoure, je relis, je repasse les meilleurs passages comme le fer sur un vêtement aimé.

titre original : The great leader
traduit de l'anglais (américain) par Brice MATTHIEUSSENT
340 pages

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